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  • Thibaud Surini

Comment se mettre dans de bonnes conditions pour trouver l’inspiration ?

Lutter contre le syndrome de la page blanche est commun à tous les écrivains en herbe. Que l’on se sente auteur au quotidien ou que l’on gratte ponctuellement un bout de papier, il faut savoir accueillir la muse pour laisser parler le stylo. Bien qu’il n’existe aucune règle universelle, je vous partage quelques conseils personnels pour vous aider à devenir un bavard de la plume et le maître de l’encrier.


1. Savoir accueillir la muse dans son environnement


Pour laisser parler le stylo, guidé par votre main qui décide alors pour vous, il faut se mettre dans de bonnes conditions pour trouver l’inspiration. Il n’existe pas un cadre précis, mais bien autant de situations idéales que d’individus. C’est là qu’il est important de se poser la question : « dans quel environnement suis-je disposé à écrire ? »


a. L’importance du lieu


On a tous un lieu que l’on affectionne, où les sentiments de bien-être prédominent, tant l’univers qu’il nous offre n’irradie que des ondes positives. Ce lieu, vous seul le connaissez, car il peut être témoin d’un souvenir qui vous inspire ou qui vous apaise. Il peut tout simplement dégager une sensation parfois inexplicable, mais où vous vous sentez bien. Quoi demander de plus ? Ce peut être la vue d’un paysage, une odeur, voire même le régulier mouvement des vagues qui s’écrasent sur une plage aux allures paradisiaques… Quoi qu’il en soit, il y a des endroits où la fluidité de l’écriture est naturelle et presque inarrêtable.


L’exemple le plus évident est de citer son « chez soi ». Quoi de plus inspirant ? En effet, c’est votre cocon, le lieu qui vous ressemble où vous avez choisi de vivre au quotidien, pour construire votre histoire au fur et à mesure. Il regorge donc de souvenirs jusque dans les cloisons. C’est le lieu que vous avez façonné à votre image ou celle de votre famille. Alors oui, écrire chez soi peut être d’une efficacité redoutable, par son côté rassurant et parfaitement maîtrisé.


Mais il est loin de faire l’unanimité… Certains préfèrent justement sortir de ce décor pour trouver d’autres sensations, se confronter à l’inconnu pour chercher des sentiments nouveaux. La vue depuis un site naturel peut littéralement vous ouvrir les yeux, qui vous imploreront alors de poser vos impressions par des mots que vous pourrez relire ultérieurement.


Entre ces deux propositions franchement opposées, notons qu’un juste milieu est possible : un lieu régulier, mais hors de la maison. N’y a-t-il pas des chefs-d’œuvre qui ont été rédigés dans le bistrot d’en face ? Même les chanteurs révèlent parfois avoir écrit les paroles de ce qui deviendra un tube, sur le recoin d’une nappe de restaurant…


J’ai tendance à penser que l’on peut trouver l’inspiration en se créant des rituels dans un lieu extérieur : vous asseoir à une table précise d’un café, commander la même boisson… Le cerveau reconnaît les habitudes, et, comme un muscle, il s’échauffe spontanément à reproduire une activité dès lors qu’il est mis dans des conditions similaires. Pour vous en convaincre, l’appétit vient souvent dès lors que le cerveau repère de bonnes odeurs ou de beaux aliments… En entrant dans le cadre précis que vous aurez spécifiquement créé, votre écriture pourra ainsi devenir plus spontanée.


Aussi, n’appréciez-vous pas de vous retrouver dans le calme d’une bibliothèque, où tous les rayons de livres qui vous entourent vous prouvent tout simplement que… c’est possible ?


Aucun de ces exemples ne constitue une règle à suivre, mais, je ne doute pas que certains se sont créé un tel environnement pour se mettre en condition, et produire des pages de ligne sans réfléchir. En résumé, de quel environnement avez-vous besoin ? Du vôtre…


b. Seul ou bien accompagné


De la même manière, l’entourage est un élément crucial. On peut sûrement opposer deux cas :


  • La solitude : écrire peut nécessiter de se retrouver dans une bulle, sans aucune interaction extérieure, pour ne pas être perturbé. Se couper de tout bruit et de toute vision dynamique devient alors essentiel pour se focaliser sur sa page, toute sa page et rien que sa page.


  • La collectivité : la solitude peut aussi représenter un élément angoissant, crispant et donc contre-productif. Le besoin d’interaction peut être lui-même une source d’inspiration. Les bruits alentour, les échanges qui peuvent se produire vont alors insuffler une dynamique positive et créatrice. En parallèle, j’ai toujours été impressionné par les personnes capables de lire dans le métro parisien. Comme quoi la foule et le bruit ne sont pas toujours inhibiteurs !


Je ferai le parallèle avec le monde du travail, où certains préfèrent avoir leur propre bureau, seul, alors que d’autres sont pleinement favorables aux open-spaces, sans être gênés par les coups de fil des voisins.


c. Se créer des habitudes créatrices


Nous l’avons vu : l’environnement est plus ou moins inspirant. On peut aussi chacun influer sur ce cadre pour l’améliorer et le rendre plus propice à l’écriture. Pour cela, je propose de développer des habitudes dont la fonction sera de provoquer un élan vers la créativité.


Êtes-vous plutôt café, thé, voire chocolat chaud ? N’êtes-vous pas plus motivé à l’idée de poser à côté de votre besogne, une tasse fumante dont les vapeurs vont vous titiller les narines ? Me concernant, la vue même de la mousse d’un cappuccino a tendance à susciter une réelle envie. Non pas seulement l’envie de boire la boisson… mais aussi de profiter de l’instant présent, dans une ambiance relaxante.


La boisson chaude, c’est spécifique ! Mais elle illustre l’idée d’éveiller les sens pour se stimuler. Après les odeurs, le rôle de la vue (ex : une photo de famille, un paysage…), de l’ouïe (ex : travailler en musique) ou encore du toucher (ex : écrire sur une table chaleureuse en bois massif) n’est pas négligeable.


En complément, j’évoquerai l’importance des outils que vous utilisez. D’un point de vue numérique, il faut réfléchir à la place de son smartphone qui, par des notifications qui n’en finissent plus, peut être la meilleure source de déconcentration. Pensez donc à l’éloigner hors de votre vue, le temps d’écrire, si vous voulez éviter que des vibrations régulières viennent stopper votre élan.


S’agissant des logiciels de traitement de texte, il faut à mon sens les maîtriser suffisamment pour ne pas se poser de questions sur leurs fonctionnements. Écrire demande de l’attention sur le fond. Si vous perdez du temps et de l’énergie à trouver une fonction sur votre logiciel, vous briserez sûrement temporairement et régulièrement l’envie d’y arriver. Anticiper en se formant aux outils liés à l’écriture peut paraître élémentaire, mais cela reste une nécessité.


Enfin, même l’écriture traditionnelle avec un stylo et du papier fait l’objet de choix qui doivent vous inscrire dans une vague de motivation. Les types de papier existent par milliers, tout comme les mines, plumes et encres. Vous avez forcément une affinité avec un stylo, un papier au toucher ou au grain particulier. Vous avez sûrement envie de changer de couleur d’encre pour en trouver une qui vous caractérise autant qu’elle se différencie de celle des autres. Ce sont ces choix qu’il faut prendre le temps de poser en amont, car ils vous feront sûrement gagner du temps par la suite. Votre satisfaction en sera aussi décuplée, parce que l’écrit sera pleinement à votre image, tant sur le fond que sur la forme.


2. Dans quel état d’esprit faut-il être pour laisser parler le stylo ?


Pour lutter contre le syndrome de la page blanche, on a bien vu l’importance de l’environnement. Tous ces choix ont une fonction commune : vous mettre dans un état d’esprit adapté à l’écriture. Devenir un bavard de la plume nécessite une forme de liberté intellectuelle, et une conscience délivrée de toute perturbation.


Il est clair qu’être obnubilé par ce que l’on doit écrire, fermer les yeux très forts en attendant que ça sorte, n’assure pas franchement une réussite rapide. Alors, voici quelques clés pour se laisser aller… besoin d’un œil affûté pour ses écrits se justifie notamment, quand on sait que la langue française n’est pas figée. L’orthographe est comme toutes les disciplines : elle évolue, elle s’adapte, tout en suivant des règles codifiées.


a. Période propice


Comme le répète Iago (dans Aladdin, pas dans Othello !!), il faut attendre « le moment venu ». L’esprit qui doit écrire est sûrement plus efficace lorsqu’il n’est pas préoccupé. Toute pensée extérieure (d’autant plus une pensée négative) est perturbatrice. Si vous ressassez des difficultés passées ou à venir, votre cerveau ne sera pas pleinement disposé à se consacrer à l’écriture. Si vous avez besoin de vous sentir mentalement plus libre, acceptez de prendre le temps d’attendre avant d’écrire. Votre écrit n’en sera que plus percutant !


Là encore, bien se connaître est l’atout majeur. Les capacités de concentration ne sont pas toujours les mêmes en fonction notamment du moment de la journée. Certains sont plus productifs le matin, d’autres le soir, voire même la nuit. Écoutez-vous pour libérer les plages horaires les plus adaptées, en fonction de votre rythme. n côté, ce cadre est sécurisant : il est comme des tables de multiplication qu’on retient toute sa vie. Mais, à l’instar de la bicyclette dont la pratique ne s’oublie jamais, il faut savoir s’adapter quand on monte pour la première fois sur un vélo avec des vitesses.


b. Ne pas se mettre de pression inutile


Pour que l’esprit soit le plus serein possible, il faut évacuer toute forme de pression (sauf pour les amateurs de bière, bien sûr !).


C’est d’autant plus simple lorsqu’on comprend et qu’on accepte l’idée que l’écriture est très subjective. Le fait que chacun puisse avoir son style, tant dans son écriture que dans ses goûts de lecture, a pour conséquence directe qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Même les auteurs les plus célèbres ont des détracteurs. Même les chefs-d’œuvre absolus ne sont pas appréciés de toute la population mondiale. Alors, ne cherchez pas la perfection… elle n’existe pas ! Soyez vous-même : c’est le meilleur moyen de plaire à votre auditoire et de répondre à votre cible.


En ce sens, le plus important est de réussir à formuler ce qu’on a envie d’exprimer, et d’être satisfait de soi. Peu importe le regard des autres, qui, lui non plus, ne sera pas objectif.


b. Anticiper ?


Malgré l’urgence dans laquelle vous devez écrire, il peut être important d’anticiper et de se laisser le temps de rédiger. Écrire demande du temps, et me semble une activité où doit aussi régner la lenteur. Ce rythme est nécessaire pour trouver le ton juste, pour poser tous les mots qui nous semblent utiles. Au même titre qu’une forêt ne pousse pas en un jour, il faut accepter que le temps soit dilué pour la production d’un écrit.


À l’inverse, certaines personnes vont préférer attendre la dernière minute pour « s’y mettre ». Comme dans tout travail, la procrastination peut être un fonctionnement adapté, dès lors qu’on accepte la dose de pression que cela peut générer. Le stress, s’il est jugé bon, ainsi que l’horloge fatidique peuvent alors être la source de motivation. Il faut une fois de plus bien se connaître pour s’assurer de pouvoir travailler suffisamment efficacement dans ces conditions.


3. Lutter contre le syndrome de la page blanche par l’ouverture et la culture


a. S’adapter à l’écrit


Écrire, oui… Bien écrire, naturellement… mais tout dépend encore de ce que l’on a à écrire ! Le ton varie, tout comme le vocabulaire ou même la quantité de texte, selon le type d’écrit à produire. On ne rédige pas de façon similaire un rapport de stage, un discours ou même un roman. Ils répondent chacun à des codes, et ont des publics différents. Les lecteurs ne vont donc pas attendre le même rendu.


Pour être le plus en accord possible avec ce que l’on doit écrire, rien de mieux que d’étudier ce qui a déjà été réalisé en la matière. Comme un travail de recherche débute toujours par une analyse bibliographique, s’imprégner de références existantes va nourrir votre réflexion et vous inspirer, même inconsciemment.


b. Lire, réfléchir


D’où l’importance de la lecture. Au-delà du plaisir qu’elle procure, et de l’enrichissement culturel phénoménal, elle est le meilleur vecteur de ce qu’il faut faire (ou de ce qu’il ne faut pas faire…).


La lecture et la culture en général vont vous apporter des références, qui viendront alimenter vos contenus. La confrontation à cette culture, diverse et épanouissante, va pousser vos capacités de réflexion en ouvrant votre esprit à l’inconnu. Chaque lecture va devenir un ingrédient que vous saurez maîtriser pour composer votre propre recette, inédite et savoureuse pour le lecteur.


c. Échanger, réseauter


Enfin, un dernier conseil pour enrichir vos écrits. Ouvrez-vous au monde ! Même si vous êtes de la catégorie des solitaires, n’oubliez pas d’échanger avec votre entourage, tant personnel que professionnel. Les discussions génèrent des idées, des oppositions, des inspirations…


Rencontrer des consœurs et confrères va aussi vous permettre de partager des expériences. Cela vous évitera des erreurs, vous fera connaître des outils, vous permettra peut-être de créer des partenariats. C’est un bénéfice constant et réciproque qui s’instaure par le réseau que l’on se crée.




Vous l’aurez compris : trouver l’inspiration n’est régi par aucune méthode unique. Le principal est de se connaître pour identifier en amont les conditions favorables à la concentration. Comme pour tout exercice, vous n’avez aucun risque à tenter et vous vous améliorerez avec l’expérience.


Au pire, si vous préférez le moyen le plus sécurisant, adressez-vous à un écrivain public.



Crédits photos : Images par Engin Akyurt de Pixabay

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