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  • Photo du rédacteurThibaud Surini

Je ne suis pas... un robot !

Si ce titre vous donne envie de fredonner un air de Daniel Balavoine, alors l’effet est réussi. Et d’ailleurs, je ne suis pas non plus un héros… juste un humain qui apprécie suffisamment l’écriture pour en faire mon métier.


Alors, pourquoi toujours vouloir casser les rapports humains en artificialisant absolument tout ? Je veux parler de cette « supposée » intelligence tout droit sortie de neurones numériques, qui se veut plus efficace, plus rapide, plus « tout », alors que l’effet direct est de remplacer les professionnels qui sont formés, compétents… et sensibles.


Car oui, « Chat GPT » (c’est son nom) a débarqué sur la planète qui ne tourne plus très rond et fait depuis couler beaucoup d’encre. Alors, il est vrai que je ne pouvais pas rester étranger à la thématique, parce que cela traduit une fois de plus une évolution sociétale qui m’interroge, voire qui m’inquiète…


« Chat GPT » est donc censé écrire des textes sur absolument tout : des discours, des dissertations, des romans, des lettres et tout ce qui se pose noir sur blanc. Même les ministres s’en font l’écho, en reconnaissant que c’est un gain de temps total, pour un résultat pas si dégueu !


Alors, oui, il est évident que je ne vais pas me comparer à une machine. Je reconnais qu’Excel calcule bien plus vite dans des milliers de cases, par rapport à mon petit cerveau. Je suis d’accord qu’on ne pourrait plus faire grand-chose de nos jours cet appui informatique que j’utilise même pour vous parler dans cet article. Je veux donc bien croire que ce nouvel outil est efficace… de là à devenir nécessaire, permettez-moi d’en douter !


D’ailleurs, comme je l’ai déjà écrit, si « Chat GPT » était l’écrivain de demain, pourquoi se serait-il choisi un nom aussi pourri ? Car, personnellement, ce nom ne m’évoque rien : aucune émotion, aucune interprétation possible… À part le tchat qui m’évoque effectivement le dialogue par ordinateur, mais après… ? Vous connaissez mon appétence pour l’humour des mots. Alors, je m’amuse à imaginer l’inventeur de ce truc dire à son chat : « GPT plus haut que mon Q ! ». Peut-être qu’il ne faut pas chercher plus loin.


Je me remets aussi en question, en me disant que mon aversion pour ce bidule me donne la preuve que je suis juste un vieux schnock (appréciez comment j’évite subtilement de m’auto-insulter !). Pourtant, je pense être ouvert à la modernité. Je suis aussi sur les réseaux sociaux (certains, en tout cas !), j’apprécie le GPS de ma voiture et je ne me verrai pas retourner au lavoir pour que mon linge sente bon. Je reconnais le gain de temps, le confort que ce quotidien et ces inventions nous apportent, pour qu’on puisse se concentrer sur d’autres priorités à priori plus épanouissantes.


Mais cela pose selon moi trois problèmes majeurs, et non des moindres :


  • Tout d’abord, cela accentue une fois de plus notre dépendance à l’urgence. En accélérant tout, tout le temps et toujours plus vite, on se met une fois de plus une pression de dingue pour faire rentrer dans la journée une multitude d’activités qui finissent pas déborder. J’y vois beaucoup de stress en plus (c’est pourtant l’effet inverse qui était recherché, non ?) et une peur de la fuite du temps qui est accrue.

Prenez l’exemple du mail. Il est certes très utile pour communiquer, pour que tout un groupe reçoive les mêmes informations, là où ne pouvait appeler qu’une personne à la fois à l’époque du téléphone fixe. Mais, peut-on se rappeler un instant de la manière de travailler quand nous n’avions pas de mails, ni même Internet ? Il fallait aller à la bibliothèque chercher des informations… Il fallait envoyer un courrier (qui prenait dans les 3 jours en moyenne pour arriver au destinataire) pour avancer avec ses collègues à distance. Certes, ça peut paraître contraignant aujourd’hui, mais cela nous apprenait à prioriser nos actions (et sûrement en faire moins, mais mieux), et à prendre le temps, tout simplement. Aujourd’hui, avec les mails, on fait de l’urgence la norme, et de l’instantané notre quotidien, jour et nuit, jusqu’à en arriver à des épuisements moraux que l’on voit fleurir sous forme de burn-out. Car oui, où est le plaisir de recevoir, 10, 20, 100 mails par jour, par heure ? Comme l’expéditeur est conscient que le message est transmis dans la seconde, il attend une réponse tout aussi rapide. L’angoisse, quoi !


Avec « Chat GPT », on entretient ce système où l’on veut un résultat immédiat, sans considérer que le processus de création prend du temps, sans se rappeler qu’un bébé met 9 mois à grandir dans le ventre de sa mère, ni comprendre qu’un chêne a besoin de plus de 100 ans pour pousser… Alors oui, à moins de préférer les glands de Panoramix, qui génère des arbres matures dès plantation, il y a de quoi s’inquiéter.


  • D’autant plus qu’on perd ce qui fait l’essence de la relation humaine. En remplaçant les écrivains, et notamment les écrivains publics, on empêche une rencontre. On se prive d’une interaction qui est toujours génératrice de richesse intellectuelle. Que devient l’écriture d’une biographie par un robot ? Va-t-il jusqu’à réinventer nos propres vies ? Et, dans le monde actuel, on serait même capable de croire ce que l’ordinateur écrit, et d’en oublier nos souvenirs réels. Je vois « Chat GPT » exactement comme les caisses automatiques au supermarché : alors oui, ça fait le job, et c’est efficace, rapide, tout ce que vous voulez. Mais vous conviendrez que le sourire de la machine est quand même moins chaleureux… Quand on sait ce qu’apporte un sourire dans un monde trop gris, ce serait ballot de s’en priver…


  • Enfin, et peut-être le pire, je suis certes favorable à la modernisation, mais à condition qu’elle ne nous prive pas d’émotion. Car oui, avec l’écriture sortie de laboratoire, on s’attaque à la sensibilité. Je vous avoue que mon lave-vaisselle et l’activité manuelle qu’il remplace ne suscitent pas d’émotion particulière chez moi. J’attends de cet outil moderne qu’il m’aide sur une tâche quotidienne que ne m’amuse pas spécialement. Mais là, on parle d’écriture… on parle de culture. Imaginez si tous les écrivains du monde passé avaient connaissance de « Chat GPT ». Ils se retourneraient tous dans leur tombe et les cimetières deviendraient donc des champs labourés. Imaginez qu’on vous dise que les plus beaux poèmes de Lamartine (à peu près tous, quoi !) ne sont pas sortis de sa tête, mais d’une boîte noire qui a autant de charisme qu’un gant de toilette ? Il y a de quoi devenir dingue.

Si vous ne me suivez pas, imaginez la suite… Quand l’ordinateur s’attaque à la musique : alors on ira en concert pour que la scène soit occupée par un seul écran de PC qui produira une musique électronique sortie d’un algorithme ? Finie l’émotion de voir son idole débouler sur scène, interpréter ses morceaux de manière inédite. Perso, avec un seul ordinateur comme chanteur de demain, je ne me vois plus faire un pogo dans la fosse… Si on pousse l'idée à l'extrême, les orchestres philharmoniques ressembleraient ni plus ni moins à des salles informatiques.


Revenons à l’écriture. Écrire, créer en général, c’est aussi faire appel à son vécu, son ressenti, ses blessures… Les plus grandes œuvres sont aussi le témoin d’une histoire. Prenez la relation entre Verlaine et Rimbaud, prenez les failles d’un Van Gogh ou d’un Baudelaire… Leurs œuvres ne seraient pas les mêmes sans ces personnalités, sans les évènements qui ont marqué leur vie. Alors demain, que va-t-on retenir ? Que le texte de « Chat GPT » est particulièrement émouvant parce qu’on vient de lui remplacer la carte mère ? Triste époque…


Écrire à l’ancienne, c’est faire le choix d’écrire le mot « patate » en plein milieu d’un texte, juste parce que ça me chante. Que les lecteurs aiment ou n’aiment pas, ça fait partie du jeu, mais au moins, on suscite une émotion. Écrire, c’est donc marquer son style… son style unique qui est aussi précieux que le monde est beau. Chacun a son style, soit des milliards sur la planète. Alors, on voudrait annihiler cette diversité en une seule entité qui ne ressent rien ?


Enfin, on voudrait faire table rase d’une écriture qui est le fondement même de l’Humanité. Écrire est le propre de l’Homme, qui, par une multitude d’alphabets, a appris à communiquer pour se faire comprendre. On voudrait réduire des millénaires d’apprentissage et d’évolutions dans une seule entité dont on ne sait rien ? Moi qui suis d’un naturel anxieux, ce genre de nouvelles y contribue…


Vous avez le droit de dire que je n’ai pas testé l’outil, car oui, je vous l’avoue, je n’ai pas testé l’outil. Et il est probable que je puisse écrire cette affirmation au futur. Car oui, je veux continuer à être moi-même, sensible et imparfait. Je veux rester humain et qu’on le reste tous, bordel !





Crédit photo Image par 0fjd125gk87 de Pixabay

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